Image adaptée d'un ‘Tekoteko' maori du Musée de la Guerre à Auckland, Nouvelle Zélande.
« En 1996 je fus invité à un Congrès International de Professeurs de Voix à Auckland. Lors d'un discours inaugural, la mission du professeur de voix fut décrite comme étant celle de purifier la laideur des sons du monde, et de guider les voix vers le haut, littéralement, vers des sphères plus élevées et spirituelles. Cette exhortation eut lieu dans un Wharenui maori, une maison cérémoniale, et la personne qui la livrait se tenait juste devant deux Tekotekos de plus de deux mètre chacun, semblables à celui de l'image ci-dessus. Je n'en croyais pas mes yeux, ni mes oreilles ! » Enrique Pardo

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Université d'Eté 2006
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1 au 14 juillet 2006

Malérargues, Centre Roy Hart (Gard)


Président Honoraire : James Hillman

Directeur Artistique: Enrique Pardo
Conseillers : Nor Hall, Nick Hobbs, Stephen Karcher, Jay Livernois, Liza Mayer, Sonu Shamdasani, Linda Wise.
Une production Pantheatre
en collaboration avec
Centre International Artistique Roy Hart, Malérargues

2 semaines de dialogues entre pratique et théorie : stages, conférences, master classes, débats, performances



Mythes de la Voix

La façon dont la voix est conçue, entendue et proférée, particulièrement dans les arts et les pratiques thérapeutiques : depuis les oracles païens jusqu'aux manifestations spiritistes, des chants protestants aux mythes contemporains de l'âme.

 

2005 FORUM
Mythes de la Voix
PDF ARCHIVES
(en anglais)

incluent :

Notes et analyses du poème-manifeste de Roy Hart sur Biodrame / discussions avec Sonu Shamdasani / 30 pages de refléxions, discussions, citations sur les mythes à l'oeuvre dans l'héritage vocal Wolfsohn / Roy Hart.

 

 

Stages
Performance
Enrique Pardo
Linda Wise

Stage
Introduction

Liza Mayer
Stage Invité

Richard Armstrong

Jonathan Hart Makwaia
stage annulé : master classes

Sessions Expérimentales

Haim Isaacs
Nick Hobbs
Vicente Fuentes
Noah Pikes
Artistes invités Izidor Leitinger
  Didier Monge
  Sharon Feder
  Caterina Perazzi
  Karen Gaborel



Panthéâtre, en collaboration avec le Centre Roy Hart (Château de Malérargues), propose une deuxième Université d'Eté sur la VOIX , autour de deux thèmes

dans la création vocale contemporaine
et notamment dans le théâtre chorégraphique et musical
thème de recherche des stages
 

Les sons dits « cassés » sont-ils le cœur du travail vocal Wolfsohn/Roy Hart ?
Réalités, mythes et idéologies.

thème des conférences, des master classes sur la voix

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L'Université d'Eté VOIXs 2006 constitue le troisième volet du 12e Festival Mythe et Théâtre. Vous pouvez consulter

ainsi que

4 - 9 Avril 2006
PAYS DE GALLES

Giving Voice

à Aberystwyth, Pays de Galles, en collaboration avec CPR Centre for Performance Research, et University of Aberystwyth, et en conjonction avec leur projet "Giving Voice".
 

Editorial
cliquez ici pour une version pdf (imprimable) des éditoriaux (avec notes, liens, commentaires et échanges)

Par Enrique Pardo

L'Université d'Eté 2006 se donne 2 thèmes de travail apparemment distincts – l'un ayant trait à la musique, l'autre à une recherche très spécifique sur certaines qualités de la voix : les sons dits « cassés ». Les deux thèmes ont une connexion évidente lorsqu'on prend acte que c'est une certaine musique qui a tendance à utiliser les timbres, textures et grains que nous décrivons comme « cassés ». Le musicologue Nick Hobbs a défini avec humour deux mondes musicaux de la voix : « Bel Canto » et « Hell Canto ». C'est bien sûr dans le « Hell Canto » (Chant d'Enfer) que l'on retrouve les sons dits « cassés ». Ils sont en général bannis du « Bel Canto ».

Figure-toi…

«  Qui est la Musique ? »

D'abord un constat : la musique est présente dans pratiquement tous les domaines de la création scénique contemporaine : l'on pourrait dire que sa voix est omniprésente . Le cas particulier qui nous intéresse ici est l'intervention de la musique dans le spectacle vivant, notamment lorsque la voix du ‘performer' (interprète / acteur / danseur / chanteur) a une présence forte. Quel rôle joue alors la musique ? Ou, de façon plus pointue : « Qui est la Musique ?

Le premier cas de figure qui se présente est le modèle de la chanson . L'interprète chante avec la musique qui joue un rôle d'accompagnement  ; elle orchestre et bâtit un décor musical sensé mettre en valeur la mélodie et les paroles de la chanson. Ce modèle, élargi, vaut aussi pour les spectacles qui se réclament de la tradition de l'opéra . La voix de l'interprète y joue généralement le rôle vedette.

Un deuxième cas de figure (toujours en rapport avec la voix de l'interprète chanteur) est la musique concertante , notamment dans la musique contemporaine et dans le jazz. C'est un modèle qui le plus souvent ‘s'abstrait' de l'aspect spectaculaire pour être « tout ouïe ». Dans ce modèle la voix de l'interprète s'intègre dans une concertation instrumentale , elle fait partie, s'appuie, rebondit, dialogue, double, fuit, flirte, danse avec les autres instruments, le tout dans une cohésion musicale . Les processus de créativité sont ici basés sur un consensus plus ou moins démocratique entre instrumentalistes, avec des codes d'entente et de consultation. Tout au plus la voix du chanteur arrive à être primus inter pares (première entre égaux).

Dans tous ce modèles il y a ‘accord' (concorde ou discorde harmonique et/ou rythmique, par exemple) entre la voix de l'interprète et la musique (c'est surtout au chanteur que nous pensons, mais le schéma s'applique aussi à la danse.) Dans un théâtre d'images, par contre, voix et musique agissent et vivent dans des réalités séparées. Le cinéma fournit un modèle de comparaison très riche : la musique y est en général une voix à part et souvent sans lien musical avec les voix de la ‘réalité réaliste' où les personnages ‘n'entendent' pratiquement jamais la musique (l'exception qui confirme la règle étant la comédie musicale.) Certains savourent ce qu'ils décrivent comme la fonction subliminale de la musique dans le cinéma; d'autres s'insurgent contre ce qu'il ressentent comme une sur-emphase didactique, voire une manipulation émotionnelle. Le cinéma s'est construit des mécanismes d'illusion différents de ceux du spectacle « vivant », mais il peut nous aider à définir ce que nous voulons adresser avec la question : « Qui est la Musique ? »

Il s'agit d'identifier la voix de la musique , de lui faire face, de lui donner une face, un visage. La musique devient personnage et donc voix, un point de vue à exprimer dans une trame (un plot – de « complot »). La musique est ici considérée comme intelligence narrative  : elle lit et parle à partir d'un niveau autre de réalité. C'est pour ce rapport entre « réalités » que j'utiliserais le modèle mythologique.

La définition de la voix que nous utilisons ici est très large: avoir une voix c'est avoir quelque chose à dire . Une voix est une présence qui compte (politiquement, c'est un vote). Une voix est une personne . Rappelons que dans le mot « personne » il y a quelqu'un qui « sonne », il y a donc une voix. (C'est d'ailleurs très étrange qu'en français il n'y ait personne dans personne !)

L'une des opérations fondamentales de la mythologie est la personnification  (c'est ce qui constitue le ‘génie' des religions – l'invention des dieux !) Personnifier c'est arriver à figurer des systèmes d'émotions, des particularités écologiques, des nécessités éthiques, en d'autres termes, des réseaux de valeurs qualitatives qui autrement resteraient vagues et abstraits, jamais mis en question et s'entourant le plus souvent d'interdits de figuration. Mythos c'est le dire figuratif , c'est la voix qui pourrait justement « se figurer » qui est la musique.

Pour beaucoup d'entre nous (c'est certainement mon cas) ce passage à la figuration constitue l'essence du théâtre. Personnifier la musique, définir sa voix et donc ce qu'elle a à dire, est une démarche dramaturgique et critique . J'irais jusqu'à dire que c'est un moyen de questionner l'éthique artistique dans l'utilisation de la musique par rapport à l'image et aux idées.

Nous avons invité à cette Université d'Eté 2006 des collègues qui travaillent tous avec la voix et la musique. Nous nous réjouissons d'entendre comment eux entendent la voix de la musique, et ce qu'elle a à dire – et, bien sûr, comment ils composent, chantent, dansent, jouent avec elle.

“Sons Cassés”
Les sons dits « cassés » sont-ils au coeur du travail vocal Wolfsohn/Roy Hart ?
faits / mythes / sens

Sous le terme générique de “son cassé” nous considérons toute forme d'émission vocale multiphonique, tout son qui casse, fissure, craque, déchire, éclate, roll (et rock), bourdonne, rugit, braille, scande, gémit et plus généralement, fracture l'uniformité de texture (et d'émotion) d'une émission vocale.

“Son Cassé” était le terme militant utilisé par le Roy Hart Théâtre dans les années soixante – et la raison pour laquelle je le propose dans ce contexte. “Casser un son” fait écho aux connotations révolutionnaires de l'époque: casser les barrières du son, les limitations culturelles, briser les intégrités virginales et les conservatismes. C'est un terme iconoclaste (on devrait parler de “phonoclasme”.) Ses connotations sont aussi dangereusement proches de “voix cassées”, d'un expressionnisme agressif et grossier, et bien sûr, de pathologies vocales et de voix littéralement cassées.

Au cours d'un hommage à Alfred Wolfsohn lors de l'Université d'Eté de l'année dernière, nous sommes revenus au fait que ses idées sur la voix ont pris forme lors de la Première Guerre Mondiale et étaient liées aux sons des soldats mourants. Sons cassés, âmes cassées, corps cassés. Nous avons également discuté autour du poème Biodrame, écrit par Serge Béhar en 1972, et que Roy Hart a transformé dans son propre manifeste. Il y souligne le lien entre violence et transformation personnelle et artistique.

Le poème définit le travail de l'acteur en ces termes : “J'ai agressé mon corps pour me rapprocher de toi”. Les “sons cassés” sont-ils l'élément radical de cette auto agression qui vise la générosité de l'acte théâtral? Depuis ces années pionnières nous nous sommes habitués à entendre toutes sortes de sons vocaux cassés et multiphoniques, depuis les chants Mongoles et Tibétains au Heavy Metal, depuis David Hikes jusqu'au déferlement de la musique soul – Ray Charles, Howling Wolf (juste le nom!) et particulièrement une chanteuse blanche qui a ravivé ces discussions quand plus d'une chanteuse lyrique est venue travailler avec nous en déclarant qu'elle voulait chanter comme… Janis Joplin!

C'est l'élément qui a déclenché les conférences de Nick Hobbs sur “Bel Canto et Hell Canto”. Nous allons entendre la troisième série de conférences cette année, avec presque 100 enregistrements et vidéos, «Du Blues au Flamenco. »

La mythologie grecque propose un mythe fondamental dans ce territoire, un mythe dans lequel se fait la grande fissure entre le bel canto et le hell canto: le concours musical entre Apollon et Marsyas. Dans la version d'Ovide, le perdant, Marsyas, est écorché vif et son sang devient une rivière rouge – la grande rivière des “sons cassés”? Vicente Fuentes présentera la physiologie des sons cassé avec des vidéos filmées en collaboration avec l'un des plus grand spécialiste français de la voix : le Docteur Guy Cornut. Il semblerait que l'agent le plus important de leur production seraient les dites fausses cordes vocales (bandes ventriculaires) situées juste au dessus des “vraies” cordes vocales. Serait-ce un autre cas de bel contre hell?