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Que le diable m'emporte!

théâtre chorégraphique

 

un spectacle conçu et joué par
Karen Gaborel

mis en scène par
Enrique Pardo


inspiré du roman
"Le Diable"
de Marina Tsvétaeva

Création à Malérargues
Centre Artistique International Roy Hart
le 6 juillet 2006

 

Communiqué de Presse

Ce spectacle est l'aboutissement de plusieurs années de formation professionnelle avec PANTHEATRE ACTS – Ecole Expérimentale de la Voix (Paris et Malérargues), sous la direction de Enrique Pardo, Linda Wise et Liza Mayer.


English Text below

Musiques extraites du CD de Iva Bittova : "Ne Nehledej"

Créateur lumière et assistant scénographe : Raphaël Odin

Remerciements au Centre Artistique International Roy Hart pour leur accueil en résidence de création.

à Lisa Mayer, Linda Wise, Nathalie, Anne, Assia Schahl, Mr Pouille

et à tous ceux qui ont prêté leur oreille pendant l'élaboration du projet.

CONTACT : Karen Gaborel
245 chemin de Fontanières
69350 La Mulatière
Tél 06 86 08 58 16
email




Communiqué de Presse

« Que le diable m'emporte ! » est basé sur un souvenir de la vie d'une jeune fille qui découvrit, un soir d'été dans sa Russie natale (l'histoire est inspirée du roman « Le Diable » de Marina Tsvétaeva), le diable, justement, assis sur le lit de sa sœur, Valérie. Spectacle hautement visuel (Karen Gaborel est danseuse et manie avec virtuosité les objets scéniques), il contient sa part d'exorcisme et de réconciliation avec ces occasions ratées que sont en général nos premières rencontres avec le diable. Montée en résidence au Château de Malérargues (Centre Roy Hart) cette pièce de théâtre chorégraphique avec musiques, voix et textes, a été créée dans le cadre de la formation professionnelle de PANTHEATRE ACTS Ecole Expérimentale de la Voix (Paris et Malérargues, Centre Roy Hart.) Pour plus d'information visiter le site www.pantheatre.com .

Chaque nuit, quand j'étais petite, j'étais étrangement attirée par un livre qui se trouvait dans la bibliothèque de mes parents.

Dans ce livre, il y avait quelques photos d'hommes de tribus lointaines, nus, leur sexe allongé par une sorte de tube de corne plus ou moins long, et maintenu en l'air par un fil noué autour de leur taille.

Un jour, alors que je m'étais plongée dans ces images, j'ai entendu les pas de ma mère dans le couloir…

Ce fut, cette nuit-là, mon dernier rendez-vous avec le livre.

Aujourd'hui, à 35 ans, il est temps pour moi de m'asseoir prendre le thé avec le diable…et tant pis (ou tant mieux) si je m'emporte, ou s'il m'emporte !

Karen Gaborel

Karen Gaborel

"Au départ, mon aventure artistique débute par une solide formation en danse classique. Puis, à partir de ma rencontre avec la danse contemporaine et l'improvisation, le fil conducteur de mon parcours a été d'explorer mon imaginaire et ma créativité.

Ainsi, j'ai pu expérimenter la danse Hip Hop (Cie Accrorap; Cie Käfïg), la danse africaine (Cie Ichy Feet), et la danse contemporaine (Cie Loreleï; Cie Sylvie Guillermin; Cie Stanislaw Wisniewski).

J'ai pu goûter au chant improvisé et au travail du comédien (Cie Cosmos Kolej; Cie Toueï; Passacaille Théâtre, Cie Les Affamés).

Aujourd'hui, la danseuse que je suis veut prendre la parole. Depuis 2002, je me forme, avec PANTHEATRE, au métier de comédienne et au travail de la voix."

May I go to hell! (Literally: "Let the devil carry me away !"

« Que le diable m'emporte ! » (“Let the devil carry me away!”) is based on a souvenir in the life of a young girl who discovered, one summer evening in her native Russia (the story is inspired by the novel “the Devil” of Marina Tsvétaeva), the devil, precisely, sitting on the bed of her sister, Valerie. A highly visual performance (Karen Gaborel is a dancer and handles with virtuosity the scenic objects), it contains its fair share of exorcism and of reconciliation with those missed occasions which our first meetings with the devil tend to be. Put together during an artistic residence at Château de Malérargues (The Roy Hart Centre) the performance is based on choreographic theatre, with music, voice and texts, and was created within the framework of the professional training offered by PANTHEATRE ACTS – Voice Performance School (Paris and Malérargues, Roy Hart Centre.) For further information, visit www.pantheatre.com

Que le diable m'emporte !
Par Bernadette Durand

Article écrit après la première qui eut lieu dans l'Orangerie du Château de Malérargues, Centre Artistique International Roy Hart, le 6 juillet 2006.

Dés notre entrée dans la salle, Karen, déjà sur scène « enfilant » gracieusement ses gants de boue, nous salue : « Bonjour, entrez…asseyez-vous… ». Nous sommes avertis : nous faisons partie du spectacle et nous aurons donc un rôle à jouer. Connaissant le texte je pressens que ce ne sera pas le beau rôle : je m'assois un peu en retrait sur le banc de bois solide. Tout au long de la pièce, Karen nous prend à témoin. Le rôle du public, un peu comme dans les contées, pourrait s'en tenir là. Le moment du thé amorce un glissement dans la pièce (comme celui de la bretelle de la robe que Karen rajuste dans un sourire badin… ce n'est rien). Il constitue un rituel social garant des bonnes manières, de la normalité, du monde visible, des apparences et qui va devenir petit à petit un dérisoire trompe l'œil, un paravent fragile, pathétique, derrière lequel se déploie inexorablement la folie. Mais pour qu'elle puisse s'accomplir totalement il ne faut plus qu'il y ait de témoins ; Karen nous invite alors, en nous offrant deux petites assiettes garnies de gâteaux secs, à « entrer dans la danse », à devenir complice de ce rituel qui dénie et cherche à masquer le crime. Certains d'entre nous ont très bien joué leur rôle, grignotant innocemment le gâteau sec, d'autres se sont contentés de faire circuler l'assiette du mensonge, je l'ai, moi aussi, transmise, comment pouvais-je refuser ? nous voilà donc, sans vraiment le savoir, assignés à représenter les complices du diable. Celui aura alors toute latitude pour accomplir son  « œuvre » et emporter sans opposition celle qui s'offre ingénument à lui.

Cette chute hors de notre statut de spectateur accentue la tension dramatique de la pièce dans laquelle l'héroïne semble alors privée de tout secours possible, totalement livrée à la déréliction et à l'abandon.

Le lieu dans lequel se joue la tragédie a là toute son importance qui maintient cette proximité nécessaire entre le public et l'acteur, qui crée une intimité complice où toute distance avec la scène est abolie. L'orangerie s'y prêtait parfaitement.

De quel crime s'agit-il ?

Lorsque la jeune fille présente sa famille, celle-ci est exclusivement féminine : sœur, mère, grand-mère. Pas de père, de frère, de grand-père. Seul règne le diable, puissance phallique qui a tout loisir de prendre la place manquante, de s'asseoir sur le lit, d'occuper le territoire psychique de la fille avec la complicité de la mère piquet (piquée?). Rien, ou plutôt personne ne vient barrer sa toute puissance, présence immobile et pétrifiante comme le regard de méduse, qui conduit la jeune fille à la mort. Elle se noiera à la fin dans les eaux troubles de la rivière maternelle où le diable aura beau jeu de venir la chercher.

Les objets et leur manipulation, leur mise en mouvement par Karen (également quand ils lui échappent, encore mieux !) viennent raconter ce qui n'est pas dit dans le texte et participent au sens tragique de la pièce. Au fond chacun peut en faire une lecture singulière : les valises, pour moi, disent l'absence du père, elles pourraient aussi bien dire le désir impossible de la fille de se tirer de là… ; la marionnette-mère qui échappe à Karen et tombe bruyamment : dernier coup de la mère, comme au théâtre, avant d'entrer en scène ? ou tentative désespérée de la fille de laisser tomber une bonne fois pour toute cette mère mortifère ?

Il y a, à mon sens, tout au long de la représentation, une cohérence, une connivence forte entre le texte, les objets, la mise en scène, la musique, les éclairages et le jeu de l'actrice créant des images métaphoriques ou allégoriques dont l'une des plus belle a été pour moi l'ombre de Karen, ombre dansante sur le mur de pierre, présence fragile de l'Invisible.

Karen a été ce soir une actrice de théâtre, magnifique « passeuse de l'ombre qui règne en coulisse ».

 

Naissance du projet

Karen Gaborel a travaillé plus de deux ans, de façon intermittente, dans le cadre de PANTHEATRE ACTS. En janvier / février 2006 elle travailla dans le 'Grand Stage' (elle en avait fait un déjà en 2004.) Enrique Pardo lui proposa alors de monter un travail, qu'il l'aiderait avec la mise en scène. Karen travailla le texte de Marina Tsvétaeva pendant le stage. Elle devait proposer une première vision de ce 'solo' (la première ambition n'était que de faire une entame de 25 minutes) avec des idées scénographiques, de costumes, d'objets scéniques, musiques, etc. Elle écrivit une première ébauche :

le 22/02/2006

Solo Karen

thème : Aphrodite et le Diable

Je porte une longue robe blanche.
Je dois faire des petits tas avec des gravats qui proviennent des décombres d'un vieux mur (ce mur est à jardin, au lointain.)
Ces petits tas doivent être espacés de manière régulière (en partant du vieux mur pour aller vers cour) sur 2 ou 3 rangées, et former un carré autour de moi.
Au centre du carré, il faut qu'il y aie de l'eau. Un arrosoir.
Je bois, je me rafraîchis.
Mon fantasme, pour la fin, serait de mélanger cette eau et cette "terre", et de me rouler dedans !