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Un spectacle en deux parties:

1944 : empire, empire…
par Lina Cespedes
à partir de textes de Albert Cohen (Belle du Seigneur) et Lina Cespedes.

1952 : des roses pour ma tombe
par Manuel Soto
à partir d'un conte de Gabriel Garcia Marquez.

mise en scène Enrique Pardo

Créé le dimanche 18 juillet 2004
à Malérargues, Centre Roy Hart

 




A l'origine, Enrique Pardo avait invité Lina Cespedes et Manuel Soto à venir travailler dix jours avec lui à Malérargues (Centre Roy Hart), et à monter chacun un solo sous sa direction. L'idée était que chacun allait aider l'autre dans le montage (œil externe, aide technique, etc.) Les deux solos prévus initialement ont graduellement envahi l'espace-rêve l'un de l'autre: chacun incarne une présence fantomatique dans le solo de l'autre, aboutissant finalement à un spectacle en deux parties qui dure une heure.

Lina et Manuel travaillent tous deux depuis deux ans dans le Programme de Formation et Recherche Panthéâtre / Roy Hart à Paris. Les derniers mois de la saison 2003 2004, outre le travail vocal et de théâtre chorégraphique, nous avons travaillé des thèmes spécifiques que l'on retrouve dans ce spectacle :

  • La notion de "set up", qui implique "dispositif scénique", mise en scène avec un ensemble d'objets scénographiques travaillés à travers la notion de métaphore d'objet. Mais "set up" implique aussi "piège" : la mise en scène comme piège, piège du texte, piège du comédien en tant que 'protagoniste', piège des fantasmes culturels qu'il ou elle se fait en tant qu'artiste…

  • La notion de " présence d'esprits " : ce n'est plus tellement la présence de l'acteur-sujet que l'on vient voir, le muscle magnifique (présence physique) ou la répartie vivace (présence d'esprit), mais plutôt, ce qui l'entoure, ce qu'il convoque, l'espace et les objets hantés autour de lui - les esprits qu'il invoque : lieux et objets hantés de mémoire, d'ailleurs, de prémonitions. Le laboratoire théâtral devient alors un lieu de "présence d'esprits", de spiritisme !

  • La notion de " shrine " (autel, sanctuaire - dans le sens païen) : lieu et notion qui met ensemble les deux premières (piège et présence d'esprits…)

Le texte de Manuel Soto est en espagnol. Il commence par: "Comme c'est dimanche et qu'il a arrêté de pleuvoir, je vais aller déposer quelques roses sur ma tombe". C'est le fantôme d'un enfant qui parle. Le problème c'est qu'il doit voler ces roses à la petite amie de son enfance, devenue entre-temps fleuriste. Cela fait 40 ans qu'il l'observe, assis, immobile dans un coin de la maison, et qu'il essaye sans succès de lui voler des roses.


Lina Cespedes

En 1944, j'avais un an. Je vivais cachée avec ma mère dans un orphelinat tenu par des sœurs en zone libre dans l'Aveyron, tandis que mes frères se trouvaient dans un autre orphelinat à une centaine de kilomètres, et que mon père faisait la navette entre les 2 orphelinats…
Pendant ce temps, en Hongrie, il y eut en moins de 2 mois, une déportation massive suivie d'extermination de 450000 juifs hongrois qui avaient été protégés jusque là par le gouvernement. Mais Hitler voulant régler la question juive en Europe envahit la Hongrie avec ses troupes, installa un nouveau gouvernement et entreprit ce massacre.
Dans ces circonstances, sont morts mon grand-père, mon oncle et ma tante du côté maternel, ma grand-mère et un oncle du côté paternel….
J'ai été élevée, ainsi que mes frères et sœur, dans l'ignorance totale de ces faits.
Mes parents qui étaient en France bien avant la guerre, voulaient nous sauver de l'enfer de ce qu'ils avaient vécu : en tant que juifs, ils avaient risqué la mort plusieurs fois.
Ils ont décidé de ne pas nous apprendre le hongrois et de nous élever dans la religion catholique.
Ils ne pouvaient pas cacher leurs origines hongroises car entre eux, ils parlaient hongrois, mais c'est seulement à l'âge de 14 ans que j'ai su que j'étais d'origine juive… cette révélation m'a atteint comme une bombe…
En fait, j'ai mis 50 ans de ma vie à me sortir psychologiquement de ce non-dit…
Une fois libre, pour des raisons que je ne peux pas développer en quelques lignes, et en rapport direct avec mon parcours, je me suis intéressée au théâtre, comme si c'était la seule chose qui me restait à faire…
Je suis donc une " jeune " comédienne…


Manuel Soto Rodriguez

En Espagne, je gagnais ma vie comme comédien et danseur, et j'aimais chanter. Cependant, quelque chose me manquait. Je voulais avancer dans ma carrière. Mon envie d'acquérir une plus grande maturité personnelle et artistique m'a emmené jusqu'à Paris. Décidé à faire le deuil de mon enfance, je mets des roses sur ma tombe.
Histoire de roses: mes parents avaient une jolie maison à la plage avec un jardin. Personne dans la famille n'aimait s'en occuper, si bien qu'on avait un jardin réputé pour sa laideur et son côté sauvage. Par contre, depuis tout petit j'aimais peindre des roses. Les gens disaient: "Ce gamin a une âme d'artiste." Je me souviens qu'à onze ans j'ai peint un magnifique tableau à l'huile: un vase de roses. Un beau jour, ma sœur qui était moderne et rebelle, a essayé de peindre sur ma toile une extravagante peinture expressionniste à la mode des années 80. J'ai crié au scandale et j'ai réussi à arrêter le désastre et j'ai sauvé mon précieux souvenir d'enfance.
Curieusement, ma mère aussi brodait des roses quand elle était petite. Elle, comme moi, a arrêté de peindre et de broder des roses à l'adolescence.
Je ne peins plus des roses, et peut-être je ne le ferai plus jamais. Mais elles sont de retour avec ce travail, cette fois pour décorer les beaux restes de mon enfance. Demain, demain peut-être, j'aurai un jardin plein de roses avec, évidemment, par-ci par-là quelque mauvaise herbe…
J'ai étudié le théâtre à l'Ecole d'Art Dramatique de Séville, et j'ai fait partie à cette époque d'une très belle expérience de recherche théâtrale avec la Compagnie Los Pocos. J'ai réussi à gagner quelques prix, et j'ai travaillé dans une compagnie de théâtre-danse : La Tarasca. J'ai aussi travaillé le chant, et un professeur a même voulu faire moi un contre-ténor. Tout ceci m'a emmené à demander une bourse à la Région d'Andalousie pour aller étudier avec Panthéâtre à Paris.


Armando Castro

Compositeur de musique acousmatique et cinétique; il a commencé ses études de composition sous la tutelle du compositeur russe Anatoly Zatin. Il a obtenu le Diplôme de "Audio Engineering Diploma" dans la "School of Audio Engineering". A présent il approfondit sa recherche du son en realisant des études d'Acoustique Musicale dans le Conservatoire Supérieur de Musique et Danse de Paris, ainsi que dans l'"Universitat de València" où il fait le "Diploma en Sitemas de Audio y Sonorizacion". Pour compléter sa formation musicale il a fait aussi des études de Guitare Classique dans le "Real Conservatorio Superior de Música de Madrid".