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Petite, te laisse pas faire

théâtre chorégraphique et musical, avec textes

avec Michèle Bordier
et Christine Spranger

mise en scène Enrique Pardo

une coproduction
Panthéâtre
Théâtre du Petit Matin
the.petitmatin@wanadoo.fr
02 32 38 16 89 / 06 75 20 55 27

 

Créé à Evreux , Normandie
le 15 juin 2006

au Centre socio-culturel Jeune Cité
6 rue Duguay Trouin
27000 Evreux Nétreveille

 

 

Descriptif du programme
Notes de mise en scène

English Text below

Une rêverie impertinente qui part d'un constat interloquant : c'est toujours  à des femmes que l'on fait appel pour « représenter » Nation, République, Justice, Liberté – – sans oublier Marianne, blonde aux yeux bleus à qui l'on demande de personnifier la « Patrie » (« l'affaire de papa », après tout !)

Toutes ces figures allégoriques ont été érigées en statues tandis que dans la réalité les femmes n'avaient même pas le droit de vote !

Il y en a une pourtant qui échappe pratiquement toujours à la figuration : elle n'aime pas qu'on la « représente », encore moins qu'on la taquine, notamment aujourd'hui. Elle s'introduit dans la vie d'une femme un peu comme le Cheval de Troie : elle transporte en son sein une armée de valeurs patriarcales qu'il est bien difficile d'endiguer ensuite : nous parlons de Madame Religion.

On dit que le fanatisme - politique ou religieux - commence là où l'on censure le rire. Nous l'avons donc invitée, avec quelques autres de ces dames, à participer dans un rituel à la fois burlesque, mélancolique et tendre, même s'il vire parfois au cauchemar. Un rituel qui se déroule au milieu des objets fantômes avec lesquels on a affublé ces femmes allégoriques – drapeau, masque, crucifix, vieux uniformes, ballon de foot dégonflé, cruche de lait, casque colonial.


Billet doux

« Petite, te laisse pas faire » Par-delà le Bien et le Mâle

Ni déclaration de guerre à l'homme, ni thèse sur la femme, la dernière création du Théâtre du Petit Matin est tout à la fois une réflexion joyeuse mais sans concession et une invitation au voyage. L'occasion de rire aussi sur les humains que nous sommes…

Non, ce n'est pas l'adresse d'un père à sa fille (encore que…), ni de son oncle à sa nièce, ni même d'une mère à sa fille.

Il ne s'agit pas non plus d'un acte militant (encore que…), mais peut-être d'une adresse à soi-même que toute femme peut se faire, pas devant son miroir mais devant le miroir qu'on lui tend. Car depuis que l'homme est homme, il n'a pas manqué de se faire une image de la Femme, et même de conformer la femme à l'image qu'il s'en fait.

Cela commence même au Paradis si on réfléchit bien. Et après, cela n'a fait qu'empirer.

Car Dieu n'est pas sérieux pour répondre à la question que les deux personnages féminins se posent sur scène, ou du moins d'un sérieux qui fait froid dans le dos.

On s'étonnera ensuite qu'on flambe les sorcières pire que des bananes ou que le misogyne Flaubert fasse mourir Madame Bovary au lieu de la transformer en veuve Joyeuse !

C'est que le plaisir féminin a forcément quelque chose à voir avec le Diable !

Cela étant, « Petite, te laisse pas faire » n'est pas une exégèse du « Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Ce n'est pas non plus un « monologue du vagin » bis !

C'est un peu de Commedia dell'Arte (d'où l'importance des masques), une dose de cabaret, un zest d'opéra. Enrique Pardo, le metteur en scène, a su concocter un breuvage qui fait rire, rêver aussi, qui donne à penser mais entre les lignes.

« Petite te laisse pas faire » est aussi bien une thérapie, une invitation à la santé mentale grâce à l'humour constant qui est le fil sur lequel marchent les deux comédiennes, Michèle Bordier et Christine Spranger. L'occasion de se détendre et voyager par-delà le Bien et le Mâle…

Bruno Testa (Dépêche de Normandie)

Notes pour le Programme / Enrique Pardo

Petite, te laisse pas faire.

Une rêverie impertinente qui part d'un constat interloquant : c'est toujours à des femmes que l'on fait appel pour « représenter » Nation, République, Justice, Liberté – sans oublier Marianne, blonde aux yeux bleus à qui l'on demande de personnifier la « Patrie » (« l'affaire de papa », après tout !)
Toutes ces figures allégoriques ont été érigées en statues tandis que dans la réalité les femmes n'avaient même pas le droit de vote !
Il y en a pourtant une qui échappe à la règle : elle n'a jamais aimé qu'on la « représente », et encore moins qu'on la taquine.
C'est certainement le cas aujourd'hui encore. Elle s'introduit dans la vie d'une femme un peu comme le Cheval de Troie : elle transporte en son sein une armée de valeurs patriarcales qu'il est ensuite bien difficile de contenir  : nous parlons de Madame Religion.
On dit que la piété fanatique - politique ou religieuse - commence là où le rire est censuré. Nous l'avons donc invitée, avec quelques autres de ces dames, à un rituel à la fois sérieux et burlesque, mélancolique et tendre. Un rituel de théâtre chorégraphique, musical, visuel, avec des textes, et qui se déroule au milieu des objets fantômes avec lesquels on a affublé ces femmes allégoriques : drapeaux, masques, voiles, crucifix, vieux uniformes, ballon de foot dégonflé, cruche de lait, casque colonial.

Notes de Mise en Scène

Mise en garde

Ce spectacle est une rêverie impertinente adressée à une adolescente; une invitation complice faite par deux comédiennes qui passent en revue quelques unes des questions cruciales qu'une jeune fille va devoir commencer à affronter à cet âge-là. Il s'agit d'un déballage « entre femmes », intime, enjoué, souvent loufoque, souvent tendre et rêveur. Si les thèmes sont abordés sur un ton effronté, railleur et malicieux, l'atmosphère peut aussi être mélancolique, complexe et triste : « eh oui, petite, la vie d'une femme n'est pas simple… » C'est qu'en toile de fond se profilent deux sujets, deux énormes créatures que nous ne pouvons éviter, surtout si l'on est femme aujourd'hui : la sexualité et la religion. Mise en garde, donc, à tous le niveaux : « garde-toi bien, regardes-y à deux fois, prends garde, gardes-en pour toi, garde-fous, garde-robe, garde du corps, garde et protège bien tes rêves… »

Mise en scène

Le spectacle est construit comme une revue (passer en revue, revoir, réviser) : les comédiennes dérivent et soulèvent, comme par hasard, au détour d'un masque, d'un changement de costume, ou d'une mélodie, une série de thèmes de fond qui, eux, ont souvent du mal à rire et à se mettre en question. Ces « grand thèmes » sont abordés sans emphase, sans grandes plaidoiries, mais sans complexes. Les principales scènes ont comme titres : « L'Industrie », « Dieu est-il sérieux ? », « Les Sorcières », « La Coloniale », « Les Vieilles Connes ».

Les objets-métaphores qui balisent l'espace sont eux aussi « chargés » : une vieux drapeau français, une croix, une cruche à lait, un casque colonial, et bien sûr, et surtout, le corps de la femme, cette « créature » que la politique a si souvent utilisé comme allégorie de ses idéaux - Liberté, République, Nation, Justice, etc., - mais à qui elle a tardé tellement à donner une voix.

Le décor, le jeu des masques (apparentés à la Commedia dell'Arte) et des musiques (enregistrées, ou live , voix et violon-alto) donnent à l'ensemble un côté cabaret, mais cabaret intime, rêveur, comme si le lieu de la représentation était un coin protégé où la jeune fille à qui s'adresse le spectacle peut rejoindre les comédiennes pour tchatcher, rire, chanter, écouter, réfléchir, et sortir un peu mieux armée pour affronter la vie qui l'attend dehors.

Le style dans lequel est monté ce spectacle est basé sur la notion de « théâtre chorégraphique ». Il inclut le mouvement, le chant, les « prises de position » dans l'espace et par rapport aux objets symboliques (les « graphies » du chœur). Mais peut-être plus que les déplacements et gestes scéniques, ce qui est important est la « danse des idées », une danse où les textes participent mais sans que leur littérature ne devienne seule maîtresse du discours. L'émotion des chants et de la musique, le langage des corps, le traitement des objets ont eux aussi, et tout autant, la parole : ils invitent les spectateurs à entrer dans une danse-rêverie faite de questionnements, d'idéaux, de regrets, de rigolade (surtout de soi-même), d'irrévérences, de décapages

Mise sur toi-même

Une amie retournée récemment de Kaboul, où elle a travaillé avec le Centre Culturel français, m'a fait part de ce qui l'a effrayé le plus : la naïveté – la naïveté des jeunes, dont notamment toute une génération de jeunes filles qui ont été écartées de tout échange éducatif. Beaucoup sont restées plus de cinq ans enfermées chez elles, et, à la fin de cette réclusion, la télévision est arrivée d'un coup avec ses séries, surtout hollywoodiennes, mélangeant sexualité et violence. Elle les sentait désarmées pour faire face à ces modèles de vie. « Petite, te laisse pas faire » est une façon de dire : écoute, lis, compare, instruis-toi, rigole. Une contribution et une célébration de la nécessaire rébellion culturelle qui devrait faire partie de toute éducation.

 Enrique Pardo, metteur en scène

Hey Girl, Don't Let ‘em Get You !

An impertinent reverie which begins with a disconcerting fact : women have always been called upon to “represent”  Nation, Republic, Justice, Freedom –  including the French Marianne, a blue-eyed blonde asked to personify “La Patrie” (from “pater”, father) – the Daddyland!

All of these allegorical figures were glorified as statues while in reality women did not even have the right to vote !

However there is one of these ladies which escapes the rule: she never liked being “represented”, still less being teased – and this is still very much the case today. She invades a woman's life a little like the Trojan horse: she carries in her womb a whole army of patriarchal values which when released are almost impossible to contain : we are referring to Dame Religion.

It's said that fanatic piety – political or religious – begins where laughter is censured … So, we have invited the Piety twin sisters (Religion and Politics), along with some of other such ladies, to a ritual at once serious and burlesque, melancholic and tender - a choreographic theatre ritual,  with music and texts, and which takes place amongst an odd array of ghostly objects with which these allegorical ladies tend to be decked: flags, masks, veils, a crucifix, old uniforms, a deflated football, a milk jug, a colonial helmet.