Formation & Diplôme de Professeur de Voix Roy Hart

Document d'ARCHIVE octobre 2015 - pour consultation

Présentation et Table Ronde    samedi 31 octobre 2015

Editorial

Enrique Pardo

Le diplôme de professeur de voix Roy Hart a été institué il y a relativement peu de temps, mais pratiquement quarante ans après la mort de Roy Hart. L'instauration d'un diplôme portant son nom est une affaire pour le moins délicate. Cela s'est fait autour de 2010 et au sortir d'énormes polémiques (jusqu'à des actions en justice) autour de l'administration du Centre Roy Hart.

J'ai connu Roy Hart à Londres vers 1968 - avec tout ce que cette date signifie. Aujourd'hui j'ai une attitude de très grand respect envers ses idées, et envers le modèle pédagogique qu'il pratiquait. De là à dire que j'enseigne du "Roy Hart" aujourd'hui, il y a une grande distance. Ce que j'enseigne c'est, bien sûr, du "Enrique Pardo". Je me suis par ailleurs beaucoup intéressé à la philosophie de Roy Hart, à ses racines, notamment judéo-talmudiques, et au contexte dans lequel il les a formulées, les années 1960 et 70.

Après sa disparition il y a eu un grand silence à son sujet, dont une des raisons était ce que j'ai affirmé récemment lors d'une conférence sur sa pédagogie: Roy Hart était un génie, notamment un génie éthique, et un leader charismatique, un guru comme il y en a eu dans les traditions védiques indiennes. Une telle affirmation a des connotations initiatiques et sectaires qu' il s'agit de confronter lucidement - même si, pour nous européens, elles posent problème.

Roy Hart a laissé un autre héritage, lui aussi complèxe mais dans un domaine pratiquement opposé: Malérargues, une propriété immobilière extraordinaire dans le sud de la France, une sorte de miracle que je décris comme suit: "Comment une bande de baby-boomers a-t-elle pu acquérir le Château de Malérargues et ses quelques trente hectares? Grâce au charisme de Roy Hart et à l’intrépidité financière de son ami Davide Monty Crawford. Le reste, en toute modestie, s’écrit en petits caractères."

Je soutiens aussi que c'est Malérargues qui a en quelque sorte forcé les membres du groupe constitué autour de Roy Hart à rester ensemble - en tout cas, ce fut mon cas - un groupe lié par une propriété immobilière et par des dynamiques des rapports affectifs internes, et bien sûr abasourdi par le traumatisme causé par l'accident mortel de mai 1975.

Dans toute vie il y a des temps forts et des temps moins forts. Là, j'ai perdu quelques années. Je m'en suis sorti, comme je l'ai écrit à mon ami Ian Magilton, qui vient de publier un livre sur ces années, grâce à deux rencontres: Luis Rodrigues (acteur extraordinaire qui m'a fait découvrir l'esprit du travail de Grotowski et surtout d'Eugenio Barba) et James Hillman (pour moi le plus grand penseur psychologique de l'époque.) Sur la période que Ian Magilton décrit dans son livre j'ai un souvenir-jugement qui est à l'opposé du sien.

J'ai aussi beaucoup investi à Malérargues. Mon espoir était que Malérargues deviendrait un centre artistique, une structure plurielle et ouverte, ainsi qu'une copropriété d'artistes indépendants (là c'est beaucoup plus difficile sinon impossible à réaliser.) C'est dans cet esprit que j'ai créé Panthéâtre en 1981, première compagnie autonome à Malérargues.